
On n'a peut-être jamais autant parlé d'Europe. Le 9 décembre, journée internationale de lutte contre la corruption, nous apprenions que cinq personnes étaient arrêtées, dont Eva Kaili, vice-présidente grecque du Parlement européen (PE), son compagnon, par ailleurs assistant parlementaire attaché au groupe Socialistes et Démocrates, ainsi que l’ancien eurodéputé italien socialiste Pier-Antonio Panzeri.
20 perquisitions , 1,5 millions d’euros en liquide saisis, 4 personnes écrouées

600.000 euros ont été saisis au domicile de Pier Antonio Panzeri, 150.000 euros au domicile d’Eva Kaili et de Francesco Giorgi, et plus de 700.000 euros dans une chambre d'hôtel du quartier européen de Bruxelles occupée par le père de la vice-présidente du Parlement européen. Les enquêteurs travaillaient depuis de longs mois sur des faits de «corruption» et de «blanchiment d’argent» du Qatar, soupçonné par le parquet fédéral d’influencer les décisions économiques et politiques du Parlement européen en versant des sommes d’argent conséquentes ou en offrant des cadeaux importants. L’ex-eurodéputé Pier Antonio Panzeri est également soupçonné d’avoir reçu des fonds du Maroc. S'il s'agit peut-être du cas le plus flagrant de corruption présumée que le Parlement européen ait connu depuis de nombreuses années, il ne s'agit pas d'un incident isolé. Pendant plusieurs décennies, le Parlement a laissé se développer une culture de l'impunité, combinant des règles et des contrôles financiers laxistes et une absence totale de contrôle éthique indépendant (voire inexistant). À bien des égards, cette culture d’impunité est devenue une loi en soi. Toute tentative sérieuse d'améliorer la responsabilité est bloquée par le Bureau du Parlement, avec l'assentiment d'une majorité d'eurodéputés. Il est temps de procéder à une réforme en profondeur.
Le Qatar Gate est avant tout d'un scandale de pots-de-vin et de corruption aux proportions épiques. Les institutions européennes et les autorités nationales chargées de l'application des lois doivent prendre des mesures immédiates et efficaces pour interpeler et punir les auteurs de ces actes. Dans le même temps, les institutions européennes doivent prendre des mesures urgentes pour entreprendre une réforme en profondeur de leurs systèmes d'éthique et d'intégrité. En particulier, il est urgent de mettre en place un contrôle indépendant de l'éthique pour mettre fin à un système d'autorégulation qui ne fonctionne manifestement pas.

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